La fin de vie des produits : un nouvel enjeu pour l’industrie

Alors que des tensions sur le marché des matières premières se font sentir de manière croissante, la pression règlementaire tend à rendre le fabricant d’un produit responsable de la pollution qui pourrait advenir lors de la mise au rebut. Il s’agit du principe de « Responsabilité Elargie du Producteur », la REP. Les implications sont nombreuses et le métier de fabricant de produit doit s’adapter à ces nouvelles contraintes. C’est pour mieux comprendre ces enjeux que PROFLUID a demandé au Professeur FROELICH, Directeur de la Recherche de l’Institut Arts et Métiers ParisTech de Chambéry, de nous apporter son éclairage lors de notre congrès annuel à Aix les Bains.

Exploiter la mine urbaine

Les ressources disponibles connues en matières premières se comptent en dizaines d’années de consommation. Les chiffres sont très variables suivant les découvertes de gisement et l’évolution des besoins qui peuvent être brutaux quand une technologie émerge ou disparait. Dans tous les cas, la demande est croissante et les cours de matières s’affolent parfois, mettant en évidence le besoin de réagir. Cela est d’autant plus vrai en Europe car nous sommes dépendants des importations pour de très nombreux matériaux stratégiques. Pour nos équipements, c’est un lieu commun de parler des terres rares utilisées massivement dans les nouveaux moteurs électriques et qui sont actuellement exclusivement d’origine chinoise, mais de nombreux métaux précieux proviennent d’autres pays prêts à utiliser notre dépendance comme arme stratégique. Notre industrie pourrait en pâtir. Pour faire face à cette situation, la « mine urbaine » que constituent les déchets doit être exploitée de manière efficace.

Organiser la filière

Parallèlement à cette crise des ressources, les réglementations évoluent vers une mise en oeuvre généralisée de la REP. Ce principe oblige les fabricants à prévoir la collecte et le recyclage de leurs produits en fin de vie avec comme objectif de réduire la pollution, assurer la traçabilité et des taux de recyclages optimaux.

Pour nos produits, principalement constitués de métaux, les filières de recyclage ne nous ont pas attendus pour se mettre en place. La solution retenue est le broyage, suivi de différentes technologies de tri qui ont pour objectif de dissocier au mieux les métaux et obtenir des gisements de bonne qualité. Par exemple, les techniques de tri par spectrométrie se développent permettant désormais de séparer différents alliages d’aluminium après broyage. Les investissements sont parfois très lourds et nécessitent une bonne connaissance des déchets qui arriveront sur le marché du recyclage dans les années à venir : la communication entre recycleurs et fabricants de produits est donc nécessaire. Jusqu’à aujourd’hui, nos produits suivent en général les filières qui ont été optimisées pour l’automobile depuis plusieurs dizaines d’années et plus récemment pour les DEEE. La prise en compte de nos spécificités permettrait de préserver un plus haut niveau de qualité des métaux recyclés et même d’envisager la réutilisation de certains composants.

Concevoir les produits pour la fin de vie

L’optimisation des procédés de fin de vie doit être accompagnée de l’éco-conception des produits, formant ainsi une « démarche de progrès de l’aval vers l’amont ». Jusqu’alors, l’écoconception de nos produits s’est généralement concentrée sur la phase d’utilisation et la consommation d’énergie, se traduisant par exemple par la mise en place volontaire d’une étiquette énergétique sur les circulateurs qui a permis d’anticiper avec succès les contraintes réglementaires. Désormais, l’écoconception doit aussi s’intéresser à la capacité des produits à être recyclés. Cela passe par la prise en compte de règles d’association des matériaux et l’utilisation de techniques d’assemblages qui permettront une bonne séparation des matériaux. L’utilisation des matériaux issus du recyclage est aussi nécessaire pour assurer le développement de la filière.
Enfin, le « remanufacturing » est une notion à développer pour prendre en compte le contrôle qualité et l’éventuelle recertification des produits avant leur seconde vie. Ces questions sont déjà traitées à divers niveaux. Ainsi, le CETIM travaille sur les méthodes de conception pour le désassemblage. Par ailleurs, le remanufacturing fait l’objet d’une proposition chinoise de création d’un comité de normalisation ISO.

Nous voyons que des progrès sont en cours et que nous pouvons apporter une valeur ajoutée à la gestion de la fin de vie des équipements. Toutefois, les réglementations telles que la DEEE se contentent globalement de demander un financement aux producteurs, partant du principe que sans cela le traitement des déchets est à la charge de la société. Ce n’est pas le cas des pompes, robinetterie, compresseurs et autres équipements industriels, le modèle des filières DEEE ménagers ne peut donc pas être transposé à l’identique pour nos produits.

Plus d’informations sur le site développé par l’Institut de Chambéry : http://www.eco-3e.eu

Julien CHALET, Responsable Technique et Environnement adjoint PROFLUID

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Association française des pompes et agitateurs, des compresseurs et de la robinetterie

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